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Le télétravail, un « nice to have » ou un enjeu de génération ?

26/09/2018

Si Tante Gertrude recrache ses tapas crevettes-moussaka-paprika et/ou s’exclame « Mais tu as le droit de faire cela ? » quand vous évoquez votre quotidien de télétravail, c’est sûrement parce qu’elle a passé ces 10 dernières années en exil dans un igloo au Pôle Nord (sans wi-fi, évidemment). En effet, la pratique du télétravail est de plus en plus commune dans le travail moderne. En France en 2017, par exemple, 57% des salariés interrogés avaient déjà pratiqué le télétravail selon le livre blanc de Polycom !


Si la pratique était vue comme un « plus», ou le privilège de quelques élus il y a quelques années, son évolution exponentielle dans le temps peut indiquer un changement de paradigme : alors qu’en 2004 seulement 2% des salariés étaient dans ce cas (Analyse DARES), on évoquait déjà en 2012 le chiffre de 14 %.

De plus, il faut prendre en compte le caractère international de la pratique du télétravail : loin devant la France, jusqu’à 80% des salariés brésiliens interrogés font (souvent ou de temps en temps) du télétravail (Polycom). L’Inde, culmine à 78%. Ce phénomène a donc une ampleur mondiale, et pourrait être le reflet des évolutions des pratiques du travail en général plutôt que la lubie d’un moment.

Polycom

Pour renforcer cette hypothèse, nous pouvons nous baser sur le traitement et la réception de cette « nouvelle » pratique par les organes gouvernementaux. Est-ce institutionnalisé ? En 2002, les partenaires sociaux européens ont signé un accord cadre sur le télétravail, ensuite négocié pays par pays. Plus spécifiquement en France, plusieurs mesures ont déjà été prises : outre un plan national du déploiement du télétravail décidé en 2015, on retrouve de nombreuses communications du ministère du travail, qui renseigne les travailleurs sur leurs droits, et les entreprises sur les moyens de mettre en place cette pratique. C’est donc un phénomène pris au sérieux par les instances dirigeantes et de plus en plus encadré. Alors, est-ce que chacun peut se mettre en télétravail, en envoyant simplement avec un petit mail poli et rempli d’emojis à son/sa patron(ne) ? Evidemment non ; et cela s’explique par deux notions, parfois liées entre elles : l’importance de réaliser du cas par cas, et la défiance culturelle de certains pays.


Premièrement, cette pratique moderne est intrinsèquement liée au travailleur et à son environnement. Chester apprécie être chez lui, pour travailler plus tranquillement, mais il sait qu’il voudra jouer des heures au poker en ligne une fois assis à son bureau personnel – il sait donc qu’il réduira considérablement ses temps de productivité. Dans ce contexte, il est fort à parier qu’il ne se portera pas candidat. Il faut donc faire preuve d’autonomie, savoir gérer son temps, être consciencieux quand les tentations peuvent se faire plus nombreuses ; autrement dit, il faut que la démarche soit volontaire et annoncée selon des règles précises.

Par ailleurs, si Emma ne dispose pas de moyens de communication digitale fiables et encadrés, comment coordonner ses efforts avec ceux de son équipe et assurer une transmission efficace ? Ce sont des éléments à traiter avant de mettre en place le télétravail. Tout comme la perpétuation du lien social, garanti par l’interaction régulière entre collègues, ou encore se préparer à savoir « déconnecter », enjeu abordé par Valérie Fernandez dans un numéro de Sciences Humaines.

Deuxièmement, ce n’est pas parce que la pratique s’internationalise qu’elle ne suscite pas quelques doutes chez certaines entreprises qui n’osent pas franchir le pas. Ainsi, toujours selon Polycom, 33% des Français interrogés ont déclaré que leur entreprise ne propose pas du tout de télétravail. Ceci s’explique en partie par l’exigence de présence que l’on connait en France : rester tard au travail est une pratique devenue habitude culturelle, au point que partir tôt soit mal vu. Alors, rester chez soi toute la journée… La même approche est constatée dans un pays comme le Japon où certaines entreprises considèrent comme acquis qu’un salarié ne parte pas avant son manager.

À noter, cependant, que le présentéisme est source de désengagement. Et ce ne sont pas les Danois, « peuple le plus heureux du monde », qui contrediront ce point : il est coutume de partir à 16h du travail, car c’est un signe que l’on gère bien son temps et que l’on en accorde à sa famille et à une activité sportive.


Devant la forte exigence personnelle, professionnelle et culturelle qu’exige le télétravail, comment expliquer son succès ? Cette pratique permet de gommer certains obstacles de la vie quotidienne qui sont déterminants dans la productivité de chacun. L’un des plus parlant d’entre eux étant le temps de transport : si Eva fait 3 heures de train par jour pour voyager de son domicile à son espace de coworking, qu’elle n’a pas de place assise dans le métro ou une de place de parking en arrivant, qu’elle doit affronter le bruit répété de la machine à café ou d’un collègue qui téléphone… elle sera sur le long terme fatiguée et moins productive. Le télétravail lui permettrait de récupérer des heures et de l’efficacité. C’est également parfois la possibilité de mieux gérer des impératifs personnels, de faire davantage d’exercice… Le télétravail demande donc une considération au cas par cas, tout en reposant sur une certaine confiance. Cette confiance implique des principes clairs et acceptés par toutes les parties (vous pouvez retrouver les principes qu’applique L’Oréal ici). Le télétravail est source de nombreux bénéfices, notamment de la décision par l’employé de l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle, mais aussi de bien-être et de performance (on vous parlait de ce dernier lien ici).

Enfin, c’est un outil générationnel. Ceci est souligné par les résultats de Polycom qui s’est intéressé au facteur de l’âge dans ses résultats : « 70% des 18-30 ans travaillent régulièrement en dehors du bureau » ! Pourquoi ? Cette population de Millenials comporte dans son ADN cette disposition à la mobilité. Ouverts au monde, ils sont ainsi plus désireux de voyager que d’acheter une voiture ou une maison, selon l’institut de recherche Gfk ! Cette génération crée les pratiques d’aujourd’hui et de demain. Elle porte le télétravail, et présente peut-être certaines caractéristiques essentielles à son bon déroulement : outre la mobilité, nous pourrions évoquer l’aisance d’utilisation de nouveaux moyens de communication digitaux, et leur désir prononcé à manager vie professionnelle et personnelle.

Le télétravail s’est déjà inscrit comme pratique courante et efficace dans de nombreuses professions, et c’est un aspect important du travail de demain. Pour favoriser son application, il faut surtout cibler les enjeux inhérents à sa pratique, comme le double volontariat, la confiance, la collaboration et le faire dans une démarche encadrée. Alors, comment favoriser le télétravail ? Un espace qui cultive l’échange entre ses travailleurs et qui les reconnait à plusieurs titres (par la rémunération, la prise en compte de l’investissement, des compétences de travail, des méthodes de travail…) favorise la confiance et la collaboration. Finalement, il est possible d’agir à travers l’environnement professionnel et la culture d’entreprise que l’on met en place. C’est ce que nous croyons et appliquons directement chez Cocoworker, mais aussi dans d’autres entreprises, à travers notre solution Kiff.

Que vous ayez lu cet article en télétravail ou non, nous vous souhaitons une très bonne semaine !

Victor de Cocoworker